__________________________________INNOVATION on ENGINEERING, MANUFACTURING, FINANCING shaping the AEROSPACE INDUSTRY

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10 mai 2012

Ciel européen : guerre commerciale avec le système ETS


Ci-dessous l’entretien téléphonique que j’ai donné au Nouvel Economiste dans le cadre du dossier "Ciel gris pour avions verts".

Les compagnies du Golfe semblent prendre l’avantage sur les compagnies européennes ?
Les pays du Golfe, les Emirats, le Qatar sont des acteurs qui n’existaient pas il y a dix ans et qui prennent aujourd’hui toute leur place. Ils ont par exemple multiplié leur flotte par huit en passant d’une quarantaine à trois cent vingt appareils. Concrètement, ils ont développé des longs courriers entre Dubaï, l’Europe, la façade est nord américaine et l’Asie, et concurrencent directement les compagnies européennes de type Air-France-KLM, British Airways ou Lufthansa. Ils se positionnent comme un point de transit vers l’Asie avec une étape à Dubaï, Doha ou Abu-Dhabi. C’est une stratégie purement géographique. Ils ont gagné leur premier pari, celui de se positionner vers l’Asie. Le second, c’est de concurrencer les compagnies européennes sur l’Afrique, la Russie et l’Asie centrale. De plus, ils ont massivement investi dans des infrastructures les plus modernes du monde, et se sont équipés d’avions dernière génération produits par Airbus ou Boeing. Cela leur permet d’offrir beaucoup de possibilités de destinations, à bord d’avions très confortables, tout en proposant les meilleurs prix. Emirates, Qatar Airways ou Etihad ont beaucoup d’avance sur les compagnies européennes.

Ce positionnement géographique est-il la seule clé de leur succès ?
Les compagnies du Golfe ont grandement attaqué le marché européen et sont aujourd’hui limitées par le droit du trafic et les échanges d’autorisations sur le nombre d’atterrissages. Elles tentent de déborder ces accords pour desservir plus de villes, mais sont freinées par le lobbying des compagnies européennes. De plus, elles se sont lancées dans le rachat de compagnies européennes grâce à des financements quasiment sans limite issus des revenus du pétrole. Etihad a ainsi racheté Air Berlin (récemment Air Seychelles et l’irlandais Aer Lingus). C’est une manière de contourner la réglementation, d’éviter l’obstacle que représente le droit du trafic. D’un autre côté, avec près de 100 milliards de commandes à Airbus, les compagnies des pays du Golfe peuvent faire pression sur les autorités européennes et demandent plus de slots. Les autorités françaises se retrouvent donc coincées entres deux forces aux intérêts divergents, Air France et Airbus, qui défendent chacune leur marché.

Les alternatives des compagnies européennes dans cette guerre commerciale ?
Ces nouveaux acteurs vont continuer à se concentrer sur les longs courriers pour diversifier leur économie. La solution pour les compagnies européennes passe par le renouvellement de leur flotte pour offrir de vrais services à bord. C’est ce qui devrait changer avec les commandes de l’A380, l’A350 et Dreamliner. Pourtant, d’ici leur livraison, les compagnies du Golfe ont encore quelques années pour les concurrencer fortement. Les Européennes vont également devoir revoir leur politique tarifaire pour être plus compétitives. Leur grande crainte, c’est de perdre leur clientèle d’affaires qui, contrairement à la classe économique qui absorbe les coûts d’exploitation, permet de générer du bénéfice. Elles doivent pour cela garder la main sur le trafic transatlantique et également le trafic intra-européen qui n’est pas encore touché. D’ailleurs, les compagnies comme Air-France sont prises en étau entre les compagnies low-cost qui leur ont pris beaucoup de parts de marché sur les vols locaux, et la concurrence des compagnies du Golfe sur les vols longs courriers. Enfin, dans cette guerre commerciale et tarifaire, les compagnies européennes vont avoir tendance à créer de nouvelles alliances. A l’instar d’Iberia et British Airways, les compagnies vont chercher de nouveaux partenaires, se regrouper pour être plus fortes, proposer plus de destinations et lisser les coûts. En France, c’est ce qu’il s’est passé avec Air-France, KLM et Alitalia, et aux Etats-Unis entre Delta et United Airlines. D’ailleurs, la dernière stratégie des compagnies européennes serait de s’allier avec les compagnies du Golfe. Air France KLM serait ainsi en discussion avec Abu Dhabi Etihad pour créer un contre-feu à Emirates et concurrencer Lufthansa en Europe, mais rien n’est encore signé.

En quoi l’ETS participe-t-il de cette guerre ?
Le torchon brûle depuis longtemps à propos de cette réglementation. Au lieu d’appliquer cette mesure au trafic intra-européen, la commission européenne a choisi de l’imposer au marché international et tout le monde proteste, les réactions sont très virulentes. Il s’agit en fait d’un problème de souveraineté des Etats, d’extraterritorialité, car cette solution mondiale va un peu à l’encontre du droit international. La seule entité qui serait apte à proposer une solution mondiale est l’OACI, une branche de l’ONU et non l’Union européenne. D’ailleurs, il existe déjà des systèmes comparables, notamment en Nouvelle-Zélande et en Australie, mais cela concerne uniquement leur marché national. L’enjeu est également géopolitique. C’est une réelle guerre commerciale qui se joue entre les Etats-Unis, l’Europe et l’Asie autour de cette taxe. Derrière se cache un enjeu monétaire. C’est une façon pour l’Europe de rejoindre le dollar ou le yuan sous-évalués, et qui pénalisent donc l’Europe dans ses exportations.

Quelle issue envisager ?
Face à cette volonté européenne de lutter contre le réchauffement climatique, les compagnies asiatiques dénoncent un système de compensation qui n’apporterait aucun bénéfice à l’environnement. La Chine menace de suspendre des commandes d’A380 et A330. Airbus craint donc cette annulation et ne souhaite pas sacrifier 10 milliards d’euros de commande pour une taxe qui rapporterait nettement moins. De leur côté, les compagnies européennes ont peur de payer deux fois. En effet, les pays asiatiques menacent, si l’Europe persiste, de créer sur leur sol des taxes spéciales pour récupérer l’argent de l’ETS. Cela représenterait donc pour Air France une double imposition, en Europe et en Asie. Certains craignent que l’Europe ne sacrifie ainsi un de ses pôles d’excellence. La position contestataire des Etats-Unis est plus hypocrite. Ils ont déjà appliqué des principes d’extra territorialité : à la suite des attentats du 11 septembre, ils ont eux-mêmes décrété unilatéralement un ensemble de mesures applicables au monde entier, et se plaignent aujourd’hui que l’Union européenne fasse la même chose avec l’ETS. Le problème pour l’Europe, c’est qu’elle n’a pas la même unité politique que les Etats-Unis. L’Allemagne commence d’ailleurs à relativiser et à considérer que cette taxe est peut-être cher payée, notamment dans un contexte de croissance à 1 point. C’est une thématique sensible en temps de crise, et encore plus en période électorale pour la France. Si la Commission perd l’Allemagne et la France, elle ne pourra faire que machine arrière. Pour l’instant, elle tente de ne pas transiger avec l’environnement, mais a tout de même ouvert une porte à la négociation en annonçant que tout pays qui aura un système similaire à l’ETS sera exonéré de prélèvements. La grande question reste de savoir ce que signifie un “programme similaire”.


Flyintelligence pour Le Nouvel Economiste

02 février 2009

Retour sur la stratégie d'Emirates

Depuis quelques années, Emirates achète une énorme quantité d'avions de grande capacité et dispose d'une flotte impressionnante...

Civile :

29 Airbus A330-200 , 8 Airbus A340-300, 10 Airbus A340-500, 4 Airbus A380-800

3 Boeing 777-200, 6 Boeing 777-200ER, 6 Boeing 777-200LR, 12 Boeing 777-300, 36 Boeing 777-300ER

Cargo :

1 Boeing 747-200F, 5 Boeing 747-400F , 4 Airbus A310-300F, 8 Boeing 777 Cargo

10 Boeing 747-8 Cargo (livraisons prévues pour 2010)

Mais surtout, Emirates a réalisé l'acquisition de 58 A 380-800 (devenant ainsi le plus gros acheteur de cet appareil) ainsi que de 70 A 350 (50 A 350-900 et 20 A 350-1000). A cela, d'autres avions sont également en commande au sein d'Emirates, à savoir:

48 Boeing 777-300ER commandés dont 19 inclus en leasing avec GECAS et dont la livraison est en cours.

8 Boeing 777F10 Boeing 748F (livraison prévue pour 2010)

Mais quelle est la stratégie d'Emirates pour réaliser autant d'acquisitions ?

Adrien nous expliquait dans un post en date du 19 novembre 2007 qu'Emirates monte en puissance. Depuis 2002, la compagnie a doublé son parc d’aéronefs ; elle a presque triplé son chiffre d’affaires pour s’installer à la neuvième place mondiale dans la hiérarchie des compagnies. Pour 2012, Emirates vise 40 millions de passagers transportés par an !

Emirates tire profit de la déréglementation du secteur aérien. Ce mouvement touche le secteur tout entier. Historiquement encadré par de lourdes contraintes, le transport aérien s’est développé vers de nouveaux horizons grâce à une législation allégée : de nouvelles lignes ouvertes, c’est une intensité concurrentielle accrue !

Par le biais d’une stratégie offensive, le groupe se positionne clairement comme un challenger face aux ténors occidentaux. En utilisant le développement de Dubaï et de son hub, Emirates compte réorienter les flux mondiaux de passagers à son profit. Comment ? En jouant de sa position de pivot entre l’Afrique et l’Asie ; entre l’Asie et l’Europe.

Les conséquences d’une telle réorganisation sur le secteur aéronautique seront directes en Europe. Moins de transit sur les hubs européens, ce serait moins d’activité sur toute la chaîne de l’aérien (des sous traitants aéroportuaires jusqu’aux compagnies).

Les questionnements sur le financement du développement d’Emirates prennent de l’ampleur. D’aucuns accusent Emirates de bénéficier de subventions venant du riche Etat pétrolier et d'évoluer dans une opacité financière !

En outre, Emirates a noué un grand nombre de partenariats sportifs en Europe, comme je vous en avais déjà parlé le 17 janvier 2008. Petit rappel:

Emirates est en effet partenaire officiel du Team BMW Oracle sur la Coupe de l'America (voile), de l’écurie Mac Laren Mercedes en Formule 1 et, plus récemment, elle a été sponsor officiel de la dernière Coupe du Monde de Rugby qui s’est déroulée en France aux mois de septembre et octobre 2007. Mais c’est surtout dans le football qu’Emirates investit le plus d’argent. La compagnie de Dubaï est tout d’abord sponsor officiel (pour la période 2007-2014) de la FIFA, organisatrice de la Coupe du Monde de football (deuxième événement sportif mondial après les Jeux Olympiques). A ce titre, elle fait partie du cercle très restreint des six partenaires de la FIFA (les cinq autres étant Adidas, Coca-Cola, Hyundai, Sony et Visa). En outre, Emirates est partenaire du Paris-Saint-Germain, du Hambourg SV, du champion d’Europe 2007 le Milan AC (depuis septembre 2007) mais aussi et surtout du club londonien d’Arsenal. Outre le flocage traditionnel sur le maillot des Gunners, Emirates a financé et donné son nom au stade du club (Emirates Stadium). Cette pratique appelée le naming, consistant pour une marque à donner son nom à une enceinte sportive, tend à devenir courante en Angleterre et en Allemagne (Emirates Stadium à Londres, Reebok Stadium à Bolton, Allianz Arena à Münich, AOL Arena à Hambourg) et des projets similaires existent en France, au Mans et à Lyon. Par ailleurs, la compagnie émiratie a donné son nom à une compétition de football éponyme (Emirates Cup) qui s’est déroulée pour la première fois à l’été 2007.

Cependant, la réelle vocation de ce sponsoring sportif réside dans la volonté de promouvoir Dubaï et de se développer à l’échelle internationale. Plus Emirates grandit et devient un poids lourd dans le monde des compagnies aériennes plus son portefeuille d’événements s’accroît, lui permettant ainsi de diversifier ses investissements sportifs.

Au surplus, le choix des clubs sponsorisés par Emirates est éminemment stratégique puisque Londres, Milan, Paris et Hambourg constituent des hubs incontournables sur le marché européen du transport aérien. Le hub est un aéroport où une compagnie centralise ses correspondances entre les différentes destinations qu’elle dessert. Il s’agit d’un concept développé dans les années 1980 et destiné à optimiser le remplissage des vols.

Le partenariat conclu avec la FIFA (195 millions d’Euros), faisant d’Emirates le sponsor officiel de la Coupe du Monde de Football, est lui aussi stratégique. En effet, autant les clubs jouent toujours au même endroit, autant la Coupe du Monde est organisée tous les quatre ans en rotation sur les différents continents. Ainsi, si la dernière Coupe du Monde (2006) s’est tenue en Europe (en Allemagne), la prochaine édition (2010) se déroulera pour la première fois de l’histoire sur le continent africain (en Afrique du Sud) : Emirates ne pouvait pas mieux rêver pour s’implanter durablement en Afrique. Il en est de même pour l’édition 2014 qui se déroulera au Brésil. Emirates aura ainsi l’occasion d’accroître ses parts de marché en Afrique et en Amérique du Sud grâce à ses partenariats sportifs.

Il n’y a pas de quoi être surpris par le dynamisme singulier d’Emirates. Le directeur d’Emirates France, Jean-Luc Grillet a déclaré il y a déjà quatre ans qu’ « Emirates n’est pas une compagnie aérienne, c’est le vecteur du développement de Dubaï ». Selon l’I.A.T.A. (International Air Transport Association soit l’Association internationale du transport aérien), Emirates était en 2006 la neuvième compagnie mondiale en terme de passagers transportés à l’international avec 16,75 millions de passagers. Ajoutons à cela une flotte de 111 avions et 246 appareils en commande, notamment les 58 Airbus A 380 et 70 Airbus A 350 (assortis d'une option sur cinquante autres) évoqués ci-dessus et commandés lors du salon de Dubaï de novembre 2007. La flotte d’Emirates a ainsi dépassé celle de la Lufthansa en 2008. Et Emirates affiche un bénéfice net de 561 millions d’euros, faisant ainsi partie des cinq compagnies les plus rentables du monde. Son introduction en bourse ne devrait plus tarder puisque le PDG de la compagnie, Cheick Ahmed Bin Saïd Al Maktoum, également patron de l’aéroport et de l’aviation civile émiratie, a récemment fait valoir qu’elle « faisait partie intégrante de la stratégie du groupe ».

Sources:

http://www.emirates.com/be/french/about/sponsorships/football/ac_milan.aspx

http://www.emirates.com/be/french/about/sponsorships/sponsorships.aspx

http://www.emirates.com/fr/french/flying/our_fleet/our_fleet.aspx

http://www.emirates.com/fr/french/

http://www.acmilan.com/

http://www.hsv.de/

19 novembre 2007

Pourquoi Emirates achète-t-il autant d’avions ?

Soixante dix airbus A350 et onze A380 pour une note finale de 20,2 milliards de dollars... le contrat titanesque signé cette semaine entre la compagnie Emirates et le constructeur Airbus, filiale d’EADS, marquent les esprits : il s’agit du plus grand contrat du monde de l’aéronautique ! Mais sa signature alimente déjà les avis de turbulences chez ses concurrents !

Emirates monte en puissance. Depuis 2002, la compagnie a doublé son parc d’aéronefs ; elle a presque triplé son chiffre d’affaires pour s’installer à la neuvième place mondiale dans la hiérarchie des compagnies. Pour 2012, Emirates vise 40 millions de passagers transportés par an !

Emirates tire profit de la déréglementation du secteur aérien. Ce mouvement touche le secteur tout entier. Historiquement encadré par de lourdes contraintes, le transport aérien s’est développé vers de nouveaux horizons grâce à une législation allégée : de nouvelles lignes ouvertes, c’est une intensité concurrentielle accrue !

Par le biais d’une stratégie offensive, le groupe se positionne clairement comme un challenger face aux ténors occidentaux. En utilisant le développement de Dubaï et de son hub, Emirates compte réorienter les flux mondiaux de passagers à son profit. Comment ? En jouant de sa position de pivot entre l’Afrique et l’Asie ; entre l’Asie et l’Europe.

Les conséquences d’une telle réorganisation sur le secteur aéronautique seront directes en Europe. Moins de transit sur les hubs européens, ce serait moins d’activité sur toute la chaîne de l’aérien (des sous traitants aéroportuaires jusqu’aux compagnies).

Les questionnements sur le financement du développement d’Emirates prennent de l’ampleur. D’aucuns accusent Emirates de bénéficier de subventions venant du riche Etat pétrolier et d'évoluer dans une opacité financière ! Il est certain que nous reviendrons plus en détails sur le fonctionnement interne de cette compagnie !