__________________________________INNOVATION on ENGINEERING, MANUFACTURING, FINANCING shaping the AEROSPACE INDUSTRY

23 avril 2009

La Stratégie industrielle Britannique

Cette note de synthèse a pour objectif la mise en avant des déterminants historiques et culturels qui ont fait et font encore la force de l'aéronautique britannique. Cette note se base sur un travail de Frédéric Leriche (http://w3.cieu.univ-tlse2.fr/publications/publis/aero.pdf).

Introduction

Autrefois très orientée défense, l’industrie aéronautique britannique s’est progressivement tournée vers le civil depuis la fin des années 1970. Ce repositionnement est en partie dû à la volonté de BAe Systems de devenir l’un des sous-traitants d’Airbus pour l’A300 en 1979 avant de devenir un partenaire de la société pour les programmes suivants. Ce repositionnement a entrainé un rapprochement du secteur aéronautique britannique avec ses partenaires continentaux qui a eu pour conséquence une « recomposition géographique du secteur tant à l’échelle internationale que sur le sol même de la Grande Bretagne ».

Première Partie : Interventionnisme du gouvernement britannique depuis la fin de la seconde guerre mondiale

L’industrie aéronautique britannique, en tant que secteur important de l’économie nationale, a toujours pu compter sur les différents gouvernements britanniques. Dès la fin de la Seconde Guerre Mondiale, le gouvernement nationalise les compagnies aériennes et soutient ensuite le processus de concentration des entreprises du secteur à partir de la fin des années 1950. La série de fusions a conduit à la création de BAe Systems qui domine largement le secteur aéronautique britannique.

Bien que relevant aujourd’hui du secteur privé, l’industrie aéronautique britannique est largement soutenue par le gouvernement via un budget de la Défense parmi les plus élevé d’Europe (avec celui de la France). Notons tout de même que la part des contrats du gouvernement est passée de 33% en 1980 à 14% en 1999. Selon Fréderic Leriche, « progressivement, la régulation marchande de l’activité se substitue ainsi à la régulation publique ». Il ajoute ensuite que « cette reconversion de l’industrie vers l’activité civile et la régulation marchande s’est engagée plus tôt en Grande-Bretagne que sur le continent ». Cette dernière serait d’ailleurs à l’origine de la stratégie d’internationalisation des grands acteurs de l’industrie. L’industrie aéronautique britannique effectue entre 75 et 80% de son commerce extérieur avec l’Europe et les Etats-Unis. La nature de ces relations commerciales reste cependant très différente :

Organisation spatiale de l’industrie aéronautique britannique autour du programme Airbus

Figure 2 : Répartition des établissements industriels aéronautiques et aérospatiaux en 2000.

Cette carte révèle l’existence de trois zones :

· Autour de Londres et dans le Sud Est du pays

· De Bristol à Liverpool et Manchester

· En Ecosse

L’activité du programme Airbus est localisée à Bristol-Filton et Chester-Broughton. Elle a un impact non négligeable en termes de développement urbain et de construction d’interdépendances territoriales.

1. Bristol- Filton : L’organe stratégique d’Airbus UK s’y trouve, avec la direction générale qui « définit les orientations stratégiques et négocie les priorités du groupe auprès des partenaires, avec le service achat dont le rôle est primordial auprès des réseaux de sous-traitants, avec les tâches « conceptuelles » des programmes (recherche et ingénierie sur l’aérodynamique, les matériaux, les structures, l’intégration des systèmes), et la conception et production d’éléments complexes qui requièrent également des compétences de haut niveau ».

2. Chester-Broughton : L’activité essentiellement manufacturière est centrée sur la fabrication des ailes destinées aux Airbus. Dans ce site, l’impact attendu du programme A380 est plus important qu’à Filton au niveau du nombre d’emplois créés.

L’aéronautique occupe donc une place différente dans les territoires concernés par la filière Airbus en Grande-Bretagne. Dans chacune de ces villes, l’industrie aéronautique occupe une place plus ou moins importante, et le statut de cette activité oppose diamétralement Chester, Broughton et Bristol.

A l’échelle des sous-traitants, l’organisation spatiale de l’industrie aéronautique britannique laisse apparaître deux réseaux distincts. Le premier est national alors que le second est international.

Cela traduit bien l’internationalisation de l’industrie aéronautique britannique.

Troisième Partie : Développement territorial des métropoles au delà des programmes Airbus

L’organisation du territoire urbain dans ces deux binômes urbains résulte de la combinaison des stratégies et du dynamisme des acteurs économiques d’un côté, et des stratégies de développement et d’aménagement urbain des acteurs politiques de l’autre.

1. Bristol- Filton

Concentrée dans le nord de la ville, les infrastructures de l’industrie aéronautique bénéficient de nombreuses voies d’accès (autoroutes M4 et M5). Cette localisation a entrainée un développement rapide de cette partie de la ville. Au point que Fréderic Leriche parle de « rivalité fonctionnelle » mais aussi politique entre le centre ville et cette zone située en périphérie. Malheureusement, ces rivalités semblent nuire à un développement cohérent de l’espace urbain.

Depuis les années 1980, les pouvoirs publics locaux ont commencé à aménager des parcs d’activités destinés à accueillir des industries de hautes technologies. Cette dynamique a d’ailleurs guidé la transformation de l’université. Au niveau national, le Ministère de la Défense, y a implanté l’un de ses services, dans une logique de « déconcentration-reconcentration ». Les pouvoirs publics locaux ont alors été sollicités pour répondre à la forte demande sur le marché du logement.

2. Chester-Broughton

La très forte dualité politique et culturelle qui existe entre l’Angleterre et le Pays de Galles génère un « effet de frontière ». Les dynamiques territoriales de Chester et de Broughton sont donc très différentes.

A Chester, le tourisme occupe une place prépondérante. Le processus d’accroissement urbain s’organise selon un schéma « dans lequel le centre structure sa périphérie immédiate ». Cette croissance urbaine est donc peu imputable au développement de l’industrie aéronautique.

A Broughton, « le développement territorial prend une forme polynucléaire » car plusieurs pôles d’activité y sont présents (dont le pôle aéronautique).

Dans tous les cas, la croissance périurbaine a induit le développement d’infrastructures particulières (transports, lotissements, centres commerciaux…). Contrairement à Bristol- Filton, le succès des programmes d’Airbus est donc à l’origine du développement de la région. Ils participent, à ce titre, à son autonomisation. Parallèlement, les pouvoirs publics locaux et le gouvernement du Pays de Galles conduisent une politique favorable au développement industriel et à la formation de la main d’œuvre.

Les différences de développement de ces deux zones urbaines mettent en lumière les enjeux politiques et territoriaux de la Grande Bretagne. Cet enjeu est aussi « culturel et identitaire » car les pouvoirs publics Galois « cherchent à promouvoir la création d’emplois pour leurs citoyens.

Conclusion

La régulation de l’activité industrielle aéronautique britannique dépend donc de forme de régulations politiques et socioculturelles.

Sources :

http://w3.cieu.univ-tlse2.fr/publications/publis/aero.pdf

14 avril 2009

Nouveau cluster d'innovation Fraunhofer pour la maintenance et la durée de vie des avions

L'Institut Fraunhofer pour le développement d'unités de production et de techniques de construction (IPK) et l'Institut Fraunhofer de fiabilité et microintégration (IZM) ont formé, en commun avec 5 autres établissements de recherche et 14 entreprises industrielles, le nouveau cluster d'innovation Fraunhofer "Maintenance, repair and overhaul (MRO) in Energie und Verkehr", pour l'optimisation de la maintenance, de l'entretien et de la réparation d'applications techniques dans les domaines de l'énergie et du transport. Le cluster dispose d'un budget de 14 millions d'euros sur une période de 3 ans, un tiers est mis à disposition par la société Fraunhofer, un autre par les Länder de Berlin et Brandebourg et le dernier tiers par les entreprises partenaires. L'objectif de cette initiative est l'élaboration de procédés et technologies utilisant peu de ressources et à haute efficacité énergétique ainsi que leur mise en place dans la région de Berlin-Brandebourg.

En effet, la corrosion et l'usure des matériaux ainsi que le vandalisme nécessitent de nombreuses réparations non prévues dans la planification initiale. La question qui se pose alors est la suivante : la réparation est-elle rentable ou est-il plus intéressant de reconstruire l'ensemble ? "La maintenance et l'entretien représentent des fonctions clé surtout dans les produits, machines ou installations qui génèrent de gros investissements", explique le Prof. Eckart Uhlmann, directeur de l'IPK. En exemple, il mentionne la possibilité, non seulement de tester ainsi la capacité d'une centrale, mais de renouveler les composants qui la composent pour les remplacer par d'autres plus avancés au niveau technique. Selon le Prof. Ulrich Buller, du comité directeur pour la recherche à la société Fraunhofer, "la coopération est bénéfique pour tous les participants". La société Fraunhofer est le plus grand prestataire européen de services dans la recherche et développement, il soutient la création de tels réseaux et a déjà créé 15 clusters d'innovation en Allemagne. La coopération régionale lancée avec ce cluster se base sur le "pacte pour la recherche et l'innovation" conclu entre l'Etat fédéral et les Länder et les grands organismes de recherche. "Des impulsions doivent résulter de ces coopérations pour renforcer l'industrie dans la compétitivité internationale", complète le Prof. Buller.

De fait, les potentiels d'économie par la réparation et l'entretien seraient énormes : en Allemagne environ 70 milliards d'euros seraient perdus par an en raison de problèmes liés à la corrosion. La Deutsche Bahn, elle, évalue à environ 50 millions d'euros les dégâts annuels engendrés par le vandalisme. La seule possibilité pour exploiter de façon durable les applications techniques chères est la maintenance et la réparation régulière. Les délais variant suivant les applications, les experts du nouveau cluster d'innovation Fraunhofer s'attachent à l'acquisition et au diagnostic d'état, à la planification et au soutien numérique ainsi qu'aux technologies de nettoyage et de réparation.

Sources :

BE Allemagne numéro 431 (8/04/2009) - Ambassade de France en Allemagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58563.htm

http://www.bmbf.de/en/3215.php

http://www.ipk.fraunhofer.de/

Contact : M.A. Steffen Pospischil - Fraunhofer-Institut für Produktionsanlagen und Konstruktionstechnik(IPK), Pascalstraße 8 - 9, D10587 Berlin - tél : +49 303 900 6140 - email : steffen.pospischil@ipk.fraunhofer.de - http://www.ipk.fraunhofer.de

Coopération germano russe dans le domaine de la recherche aéronautique

L'Institut central d'aérohydrodynamique (ZAGI ou TsAGI) à Schukowski près de Moscou et le Centre allemand de recherche aérospatiale (DLR) ont signé un accord-cadre de coopération dans le domaine de la recherche aéronautique appliquée et la coopération industrielle. Le Prof. Sergei L. Tschernyschow, directeur général du ZAGI et le Prof. Johann-Dietrich Wörner, président du sénat du DLR, accompagné du Prof. Joachim Szodruch, responsable du domaine aéronautique au DLR ont signé cet accord le 26 mars 2009 en présence du Vice-ministre président du Land de Rhénanie du Nord-Westphalie (NRW) et Ministre pour l'innovation, la science, la recherche et la technologie de NRW, Prof. Andreas Pinkwart, et du maire de la ville de Schukowski, Alexander P. Bobownikow. "Avec ce traité s'ouvre un nouveau chapitre de la coopération dans la recherche aéronautique entre la Russie et l'Allemagne. En particulier dans les domaines de l'aérodynamique et l'aéroélastique, la mise en commun des technologies des deux organismes peuvent fortement contribuer au développement des prochaines générations d'avions", a commenté le Prof. Wörner à Moscou.

A cette même occasion, un premier séminaire ZAGI-DLR a traité des thématiques de coopération dans la recherche aéronautique ("Trends of Cooperation in Aeronautical Research TsAGI & DLR"). Un autre séminaire traitant des structures composites renforcées par des fibres y succédera, avec pour objectif la définition de thématiques de coopération prometteuses pour les deux partenaires. En outre, ces séminaires devraient devenir des outils importants pour la coopération entre le ZAGI et le DLR.

Cet accord n'aurait pas vu le jour sans l'amélioration significative de la situation économique des instituts aéronautiques russes au cours de ces dernières années. Les budgets et le paiement des commandes publiques répondent de mieux en mieux aux besoins de l'institut, de sorte qu'une base pour les travaux de jeunes chercheurs et ingénieurs est assurée. Dans les prochaines années, un centre de compétence pour l'industrie aéronautique devrait voir le jour à Schukowski.

La visite a également été l'occasion pour les Allemands de voir le prototype russe du Superjet 100 lors de tests de structures statiques. Cet avion est le premier modèle d'une série d'avions régionaux développés par le constructeur aéronautique Sukhoï en coopération avec plusieurs fournisseurs occidentaux.

Pour en savoir plus :

Rainer Scharenberg, stratégie et développement, coopération internationale - Deutsches Zentrum für Luft- und Raumfahrt (DLR), Linder Höhe, D51147 Köln - tél : +49 220 360 14738 - email : rainer.scharenberg@dlr.de - http://www.dlr.de

Sources :

BE Allemagne numéro 430 (1/04/2009) - Ambassade de France en Allemagne / ADIT - http://www.bulletins-electroniques.com/actualites/58491.htm

http://www.dlr.de/en/desktopdefault.aspx/tabid-1/86_read-16059/

09 avril 2009

Prise de participation de Finmeccanica dans Sukhoi Civil Aircraft Company


Finmeccanica a annoncé officiellement cette semaine sa prise de participation dans le constructeur russe Sukhoi Civil Aircraft Company. Finmeccania via sa filiale Alenia Aeronautica va prendre 25% du capital de Sukhoi Civil Aircraft Company pour 138 millions d’euros.

Cette annonce est le fruit d’un rapprochement amorcé depuis 2005 entre italiens et russes autour du projet de jet régional « Superjet 100 ». Deux exemplaires du SSJ-100 sont actuellement en phase de test et l’avion seront présentés au Bourget en juin 2009.

Programme crédible ? L’alliance entre Finmeccanica et Sukhoi accompagne la montée en puissance du Superjet 100. Mais cet avion a-t-il vraiment un avenir ? Plusieurs constructeurs sont déjà bien implantés sur le segment du jet régional. Il suffit de regarder le succès du brésilien Embraer, du canadien Bombardier et la montée en puissance du chinois avec l’ARJ21pour comprendre que tous ne survivront pas à la compétition qui s’annonce. Et Suhkoi apparait comme le moins armé pour pénétrer significativement le marché des jets régionaux (réseau commercial limité, problèmes de certification en Europe et en Amérique du Nord, absence de support produit). Bref le Sukhoi pourrait avoir un avenir en Russie et dans certains pays dans le cadre d’accords intergouvernementaux... à moins que la coopération avec Finmeccania soit très fructueuse. Le groupe italien va travailler sur les points faibles de Sukhoi (les ventes et le support produit) et valoriser ses points forts (le prix d'acquisition et son savoir faire reconnu internationalement dans l'aérodynamique).

Les prévisions de croissance sur le marché régional : Embraer estime dans sa récente étude de marché que la croissance annuelle devrait être de 4,8% en moyenne jusqu'en 2028, une demande provenant des marchés nord américain (38%), européen (20%) et chinois (13%). Selon Embraer la demande totale attendue est de 6750 avions sur 20 ans. Même estimation du côté du canadien Bombardier qui s'attend à une demande de 6300 avions sur la même période.

La part de marché du Sukhoi

D'après les estimations tirées des constructeurs, Sukhoi a enregistré 25 commandes fermes en 2008 soit ...
...3,5 fois moins de commandes que l'ARJ21chinois (85)

...4,5 fois moins que les CRJ et Q400 de Bombardier (114)

...4,5 fois moins que les E-jets d'Embraer (112)
...1,5 fois moins que les ATR (42)
...1,5 fois plus que les MRJ de Mitsubishi (15)

Le marché ne peut pas être viable économiquement pour autant de constructeurs. Et certains disparaiteront à l'aune de cette guerre commerciale...

Source :
Air & Cosmos n°2166