__________________________________INNOVATION on ENGINEERING, MANUFACTURING, FINANCING shaping the AEROSPACE INDUSTRY

25 mai 2008

Jean-Louis Gergorin : Dassault, Eads, renseignement competitif

Extraits de l'entretien avec Monsieur Gergorin qui évoque brièvement les limites de la posture de Dassault dans le paysage aéronautique français, l'impact de la baisse du dollar pour les sous traitants aéronautiques et la maitrise de l'environnement concurrentiel des entreprises



Dassault Solitaire par flyteamege

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Aeronautique, baisse du dollar et sous traitants par flyteamege

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EADS et renseignement commercial par flyteamege






Jean Louis Gergorin, ancien Vice président d’EADS en charge de la stratégie, est un acteur central de l’industrie aéronautique et high tech européen. Proche de Jean Luc Lagardère, il est à l’origine de la fusion entre Aerospatiale et Matra, puis celle qui a suivi en 2000 avec DASA qui a donné naissance à EADS. Depuis son départ d’EADS, Monsieur Gergorin a ouvert le cabinet JLG STRATEGY, spécialisé dans le conseil en gestion et stratégie.

14 mai 2008

Quelle place pour la France?

A l’heure où le gouvernement souhaite faire des économies sur l’armée (à priori uniquement sur l’armée de terre), je souhaite porter haut et fort les situations ou évolutions dangereuses qui guettent notre outil militaire dans sa composante aérienne, et au-delà, l’outil industriel français.

Que l’armée soit la variable d’ajustement d’un budget déficitaires pour des raisons tenant plus à une mauvaise stratégie de soutien à l’innovation depuis plus de 30 ans par les gouvernements libéraux ou socialistes, voilà plusieurs années que nous y sommes habitués en France. Mais il y a parfois des limites, un cumul d’éléments qui ne plaide pas en faveur des choix opérés.

D’abord parce que la sécurité nationale ne concerne pas seulement les USA, ensuite parce que la défense draine avec elle tout un pan de notre industrie, et cela, nos politiques ont trop tendance à l’oublier.

Réduire les effectifs de nos forces son budget, ses moyens, dans une logique d’amélioration est une bonne chose. Mais réduire l’effort de défense ne touche pas seulement nos armées. Ça touche aussi de grands industriels français qui voient leurs investissements en R&D dépendre des commandes de l’Etat, et par la même, leur capacité à exporter des produits de qualité à des prix compétitifs. 9a touche aussi des milliers de PME-PMI d’excellence qui apparaissent, créant ainsi des milliers d’emplois. Le drame de la France est que nos politiciens ne semblent pas avoir réalisé depuis des décennies que l’économie nationale a un trait commun avec l’économie américaine : la forte prévalence et le rôle moteur direct et indirect de l’industrie d’armement, du complexe militaro-industriel que nous critiquons chez notre allié de l’OTAN. Que doit-on penser de voir nos finances serrées employées à équiper nos mirage 2000D et nos Super Etendards de bombes EGBU-12 de Raytheon alors que la société française SAFFRAN propose les bombes AASM ?

De même que devient la sécurité nationale ? La sécurité nationale se limite-t-elle à augmenter les moyens de police intérieure pour tenter d’empêcher les attentats sur le territoire national ? Cela ne consiste-t-il pas à pouvoir intervenir à l’autre bout de la planète pour prévenir de potentiels conflits, établir des missions humanitaires qui ne peuvent fonctionner sans moyens militaires, et lutter contre les Etats sources de prolifération de technologies sensibles ?

Alors que doit-on penser de l’incohérence et du retard des projets de drones de l’armée française (que devient le programme NEURON ? Est-il encore entre les mains de la France ou dépend-il aussi désormais d’autres capitales européennes associées au projet ?) ? Que doit-on penser quand on sait que nos marins qui doivent appareiller pour l’océan indien à bord du BPC Mistral ne disposent sur le navire que d’une vieille Alouette III et de deux gazelles ? Est-ce là des hélicoptères de marines à long rayons d’actions à même de pouvoir surveiller efficacement le trafic maritime sous marin et aérien ?

Que penser de l'occasion manquée d'acheter à prix attractif un troisième Hawkeye pour l'aéronavale alors que la Marine Nationale en exprime le besoin depuis plusiers années?

Tous les experts s’accordent à dire que le Rafale souffre de deux défauts majeurs : un radar à la portée plus courte que ses concurrents, et une vitesse de pointe (Mach 1,8) inférieure à celle de ses concurrents. A-t-on fait d’urgence les investissements nécessaires pour nous permettre (beaucoup) plus de chance de gagner des marchés ?

Que doit-on penser lorsqu’on sait que le budget spatial militaire de la France est passé, en millions d’euro 2002, de plus de 600 millions € en 1992 à 400 millions en 2007 ? L’industrie spatiale n’est-elle pas une industrie clef ? Ne génère-t-elle pas des milliers d’emplois en France ? Prévenir les crises ne passe-t-il pas par une veille spatiale pointue ?

A défaut de défense européenne, l’on s’est rabattu sur une défense collective que traduit une multitude de partenariats différents avec des partenaires différents, lesquels ont des intérêts et des visions qui diffèrent largement.

Pendant ce temps là, des pays comme la Chine et l’Inde développent leurs industries aérospatiales, la Russie redéploye ses bombardiers Tu-95 et Tu-160, et les américains investissent toujours plus dans leur défense nationale.

La place sur l’échiquier mondial dépend de la puissance que l’on veut bien se donner, et il existe de nombreux types de « leviers de puissance » pour y accéder. L’industrie aéronautique et aérospatiale en fait partie : elles sont sources de capacités, de richesses, et d’emplois, et le « tout commercial » comme base de l’aéronautique a ses limites. La preuve : Airbus souhaite moins dépendre dans ses résultats de l’aviation commerciale, à l’exemple de Boeing.

11 mai 2008

Finmeccanica: exemple d'une nouvelle stratégie US ?

Le groupe italien d’armement, aéronautique et d’électronique de défense Finmeccanica serait, selon le quotidien économique « La Tribune » en discussion avec le groupe américain d’électronique de défense DRS Technologies en vue de le racheter, vraisemblablement pour une somme de 2.6 milliards €. Pour le moment, le site officiel de l’électronicien n’a pas encore communiqué sur cette négociation. Mais cette information illustre au mouvement de grande ampleur dont les conséquences pourraient bien être inquiétantes.

Que fabrique DRS Technologies ? la société propose les produits couvrant les domaines du C4I (Command, Control, Communications, Computers and Intelligence) à savoir des radars, senseurs IR, systèmes de communications embarqués, système d’entraînement aérien, systèmes de contrôle aériens etc… ; les domaines RSTA (Reconnaissance, Surveillance & Target Acquisition) avec des produits tels que des senseurs IR optiques, des désignateurs de cibles, des systèmes de soutien technique (énergie débarquée, système de gestion des données), et des services de soutien technique.

Avec l’appréciation de l’Euro, le moment paraît opportun pour les sociétés européennes d’acquérir des sociétés américaines, et cela était déjà le cas avec le rachat par EADS de la société américaine PlantCML que nous avons déjà étudié dans un précédant post. Par ailleurs, avec le développement de la filiale d’EADS sur le sol US en vue de fournir les avions ravitailleurs à Northrop Grumman pour le compte de l’USAF, le rachat par EADS de l’américain Plant CML, le développement ancien de BAe aux Etats-Unis, force est de constaté que le marché Américain semble de plus en plus attirer les sociétés européennes d’armement et d’électronique de défense. THALES a lui aussi remporté des contrats pour le compte de l’US army (Système radio PRG-4) et pour l’US Coast Guard (radars embarqués).
Il s’agit là d’une bonne chose : car les groupes européens doivent pouvoir racheter des compétences utiles y compris aux USA.


Néanmoins, deux éléments doivent être appréhendés : d’abord, de nombreux groupes européens, de défense ont, dans leur capital, l’Etat via des institutions. Or les autorités fédérales US sont assez sensibles sur le sujet estimant que le rachat de groupes US technologiquement sensibles peut porter atteinte à la sécurité nationales. Si Finmeccanica était autorisé par les autorités fédérales, alors cela ouvrirait la voie à des possibilités pour des groupes tels que DCNS, THALES, mais aussi NEXTER. Mais le risque est grand de voir les groupes de certains alliés « suiveurs » se voir autorisés à racheter, alors que les sociétés d’alliés plutôt « rétifs » seraient déboutées.

Par ailleurs, il ne faut pas tomber dans le cas BAe (6ème fournisseur du pentagone) : le groupe britannique de défense considère clairement que le marché US est sont PRINCIPAL marché. Si de plus en plus de groupes européens fabriquent pour le marché US, alors (et cela vaut tant que les doctrines militaires tactiques et stratégiques américaines prévaudront) les produits fabriqués et les investissements opérés à l’occasion répondront à des exigences basées sur lesdites doctrines….les mêmes produits étant par la suite proposés aux européens, même un peu « européanisés ». Or la pensée doctrinale US n’est pas forcément la plus pertinente, et les besoins des militaires européens, ne sont pas forcément les mêmes que ceux de l’oncle Sam.

Soulignons le risque de voir les sociétés européennes devenir des sous traitantes partielles pour des programmes US : elles tireraient des profits financiers certes, mais perdraient peut être l’initiative en matière d’innovation ou en capacité industrielle à développer un produit de A à Z. de plus, les capitaux immobilisés pour répondre à des demandes du Pentagone seront indisponibles pour répondre à des projets Européens ! Rappelons que Finmeccanica, via ALENIA, fournit l'USAF avec son avion tactique de transport C27-J SPARTAN, de même que AGUSTA WESTLAND est implanté aux USA, en fournissant d'ailleurs l'EH-101 aux Marines et à la Maison Blanche (hélicoptère présidentiel).

Ne devenons pas parano, mais si les politiques américains voulaient rapprocher le plus possible USA et Union Européenne, en particulier sur le domaine de la défense, il faudrait faire en sorte que les militaires européens aient les mêmes visions stratégiques et tactiques que leurs homologues US. Pour ce faire, en plus du cadre formel qu’est l’OTAN, il faudrait agir indirectement pour permettre aux groupes d’armement européens de fournir le pentagone soit en produits complets, soit en les faisant participer à des projets « multinationaux ».. L’idée est généreuse et alléchante pour nos groupes européens. Mais les produits répondent à des exigences (spécification techniques), lesquelles sont propres à une vision de l’utilisation que l’on se fait desdits produits (utilisation tactique), dans le cadre d’une démarche réfléchie (stratégie globale), cette dernière découlant forcément d’une doctrine. Non seulement les industriels européens ne pourraient pas mobiliser les capitaux utiles aux projets européens, mais ils proposeraient aux armées européennes, à des prix compétitifs (les coûts étant déjà amortis sur le marché US) des produits répondant à une tactique, une stratégie, et donc une doctrine particulière…lesquelles seraient aussi adoptés par les forces armées européennes. La diffusion des doctrines ne se feraient plus de manière top-down, mais Bottom-up : le matériel proposé et acheté influençant directement les conceptions du combat.


Pour conclure, ce mouvement de développement aux USA de nos groupes d’armement en général est une bonne chose bien évidemment, mais il reste que nos gouvernements européens, doivent fournir des investissements en matière de défense et d’aéronautique en particulier dans le but de garder au moins le contrôle de sa base industrielle et technologique. La guerre économique n’est pas seulement industrielle, commerciale et financière, elle est aussi conceptuelle, sur le plan des idées. Au lieu d’uniformiser la demande, on uniformise l’offre. Cette « idée » n’est d’ailleurs commercialement pas novatrice.


Sources :
http://www.latribune.fr/info/Finmeccanica-negocie-le-rachat-de-l-americain-DRS-Tech-~-IDB17A0B500EAD371CC1257443005FA5FF-$RSS=1
http://www.drs.com/

Matthieu T.

04 mai 2008

Latécoère abandonne le rachat des sites d'Airbus!

Contrairement à ce qu’il semblait pour acquis, selon le quotidien Allemand « Die Welt » la cession des sites Airbus de Méaulte et de Saint Nazaire au groupe Latécoère risque de ne pas avoir lieu !

En cause : des soucis d’ordre industriels pour Airbus, et le problème de la faiblesse du Dollar US pour Latécoère.

En effet, comme nous vous le précisions dans notre précédent post, Latécocère, pour réduire ses coûts, réorganisait toute sa production en délocalisant les productions hors zone Euro (Tunisie) pour faire fasse aux difficultés que faisait peser la chute du billet vert. Les sites de Méaulte et de Saint Nazaire se seraient alors concentrés sur les composites et le fuselage avant des Airbus A-350. Mais la chute du billet vert ferait semble-t-il douter Latécoère de l’opportunité d’un tel investissement, alors qu’il doit d’abord veiller à conforter sa marge et ses bénéfices.

Cependant, le groupe Latécoère, sur son site internet, n’a pas encore confirmé ou non cette information, le dernier communiqué de presse en date du 1er avril 2008 faisant état de l’unanimité du comité d’entreprise en faveur du projet « ZEPHIR » de rachat des sites Airbus de Méaulte et de Saint Nazaire.

Après les grèves des salariés des sites Airbus français qui s’opposent à leur cession dans le cadre du plan Power 8 et qui dénoncent leur abandon face à leurs confrères Allemands dont les sites seront non plus vendus mais filialisés, la suspension du rachat des deux sites par Latécoère est un coup dur pour la stratégie d’Airbus, dans le cadre de son plan Power 8, qui souhaitait revoir entièrement son organisation industrielle.

Les difficultés auxquelles doivent faire face les industriels français sont graves.

Plus l’euro s’apprécie, plus la transposition des prix en dollar US est défavorable à nos exportateurs, même si cependant l’achat des matières premières payées en dollar coûte moins. Oui mais des groupes comme Airbus ou Latécoère ne font pas de la simple transformation industrielle !

Les solutions ? Augmenter la productivité des sites européens d’abord en réorganisant le schéma industriel de chaque acteur : cessions –rachats autour des « core-business » de chaque acteur en vue d’améliorer la compétitivité sur des points clefs. Mais là la faiblesse du dollar est telle qu’elle impacte sur les bénéfices des entreprises, les ralentissant ainsi dans leur démarche. Ou délocaliser en dehors de la zone Euro, ce qui est le fait de plus en plus d’industriels français. Ce dernier choix n’est bien entendu pas positif pour le tissu industriel national et l’emploi.

Alors comment restaurer un avantage compétitif ? Nous ne sommes pas économistes, mais la réponse est sans aucun doute multiple : alléger les charges fiscales pesant sur les entreprises en réduisant le taux de TVA sur l’investissement dans l’outil de production et la R&D par exemple (pour créer un avantage compétitif dans l’innovation), augmenter la durée légale du temps de travail hebdomadaire pour recréer un avantage compétitif en terme de productivité, même si cette mesure est largement impopulaire (car comment augmenter la productivité des sites français quand on sait que l’employé français a une des productivité les plus élevé des pays développé si ce n’est en allongeant son temps de travail ?). Enfin, là s’oppose une logique industrielle à une logique monétaire de la BCE : maintenir un taux directeur élevé est une bonne chose pour attirer les placements internationaux et favoriser l’achat de matières premières, néanmoins cela ne sert à rien si la valeur atteinte par l’Euro est telle qu’elle oblitère ces avantages acquis car amenant les industriels européens à proposer des produits à des prix prohibitifs à l’international. Par ailleurs la hausse généralisée des coûts des matières premières réduit l’avantage conféré par un euro fort.

Cet exemple nous montre que nos sociétés industrielles, créatrices des richesses nécessaires à la vie des nations, sont victimes de cette fameuse triple crise : crise monétaire résultant de la chute du Dollar laquelle ronge les bénéfices des sociétés de l’Euroland, crise financière résultant de la crise des subprimes laquelle impacte sur l’accession à l’emprunt, source indispensable de liquidité pour l’investissement industriel, et crise des matières premières, leur raréfaction, ou plutôt la hausse de la demande et les difficultés croissantes de leurs extractions propulsant les prix de records en records.




Sources: :
www.welt.de
www.latecoere.fr