__________________________________INNOVATION on ENGINEERING, MANUFACTURING, FINANCING shaping the AEROSPACE INDUSTRY

25 décembre 2007

Reprise des sites d'Airbus: des solutions nationales

EADS a finalement tranché pour le choix des repreneurs de ses sites industriels européens qu’il souhaitait revendre. Les choix faits semblent satisfaire des exigences nationales tout autant que des intérêts industriels : MT Aerospace a été choisie pour les sites de Nordenham Varel et Augsburg en Allemagne, GKN pour le site britannique de Filton, et Latécoère pour les sites de Méaulte et de Saint Nazaire en France.Mais attention ! Il ne s’agit pas de cession effective au moment ou nous en parlons : EADS et Airbus sont convenues, avec les sélectionnés, d’entrer en négociation exclusive avec eux.

De même, les cessions prévues ne sont pas toutes de même ordre : le site de Filton sera cédé en totalité, alors que pour les sites français et allemands, les négociations porteraient avant tout sur la création de joint-ventures, où Airbus serait minoritaire dans le capital, à coté des repreneurs MT Aerospace et Latécoère.
Cette idée semble être la meilleure solution pour les repreneurs : ils pourront avec Airbus travailler à la bonne reprise de l’outil industriel, et ils bénéficient ainsi d’une certaine « garantie ». D’ailleurs Airbus envisagerait, selon ce plan, de se retirer du capital au bout de trois ans.

Pour Latécoère le choix de reprendre le site de Méaulte s’inscrit dans une stratégie industrielle. Le porte parole du groupe précise : « Nous souhaitons participer activement à la restructuration en cours du paysage aéronautique, et devenir un fournisseur européen de référence dans le domaine des composites structuraux. Notre ambition est d’intégrer le groupe des grands mondiaux de notre activité « Super tier 1 ». (C.A. supérieur à 1 milliard €)Notre projet de rapprochement avec l’usine Airbus de Méaulte comporte de nombreuses synergies : Méaulte apporte son expertise sur les pointes avant d’avions et son savoir faire en robotique d’assemblage. Quant à nous, nous apportons une dimension internationale, la compétence d’un bureau d’études reconnu, la création d’une usine spécialisée sur les composites pour les fuselages à Méaulte, et une bonne maîtrise d’une « supply chain » internationale. »

En effet avec le rachat du site de Méaulte, s'il se confirme, Latécoère deviendrait le numéro 1 européen dans les aérostructures.

MT Aerospace est une société allemande spécialisée dans la fourniture de composants pour les industries aérospatiale, aéronautique, et des télécommunications (antennes). Dans le domaine aéronautique le groupe est surtout spécialisé dans les structures demandant résistance et légèreté, les réservoirs en fibre composites alliant là aussi haute résistance et légèreté, fournissant tant l’aéronautique civile que l’aéronautique militaire (missiles). Le groupe produit aussi des éléments pour la mécanique des turboréacteurs et turbopropulseurs, pour les avions, et les hélicoptères.

GKN est un groupe britannique spécialisé dans de nombreux secteurs d’activités liés à l’aéronautique entre autres. Le groupe se présente comme le premier fournisseur de l’industrie aéronautique dans le domaine des aérostructures en composites. Déjà présent sur le marché US des avions de chasse, et en Europe (eurofighter), le groupe se déploie en plus dans l’industrie civile (airbus et Boeing) avec le rachat du site de Filton.

11 décembre 2007

Safran : une stratégie de partenariats

Le même jour nous apprenions que le moteur CFM56-2 fêtait ses 11 millions d’heures de vol opérationnel sur les avions ravitailleurs KC-135R de l’USAF , et la mise sur ban d’essai du moteur moteur SaM14 dans l’usine de NPO Saturn près de Moscou.
Quel point commun entre ces deux moteurs ?

Ils sont le fruit d’un partenariat entre SNECMA-SAFRAN et GE pour le CFM56-2 et avec MPO Saturn pour le SaM14. A noter que ce moteur a été sélectionné par Sukhoi pour motoriser son superjet 100.

Ces deux exemples sont…comme l’arbre qui cache la forêt ! En effet SAFRAN a noué de très nombreux partenariat dans le domaine des moteurs aéronautiques : CFM international avec GENERAL ELECTRIC (moteur CFM56-2), Rolls-Royce TURBOMECA (moteur R322 qui équipent les hélicoptères NH90, Merlin et WAH-64D Apaches ; et turboréacteur Adour pour les avions d’entrainement Hawk), EUROPROP INTERNATIONAL avec MTU, ITP et Rolls-Royce (turbopropulseur TP400-D6 pour le futur A-400M), PowerJet en coopération avec NPOSaturn (turboréacteur SaM146), MTR , société en commun avec MTU et Rolls-Royce pour le moteur de l’hélicoptère Tigre. Dans le domaine de la propulsion de fusée SAFRAN collabore avec Avio dans EUROPROPULSION et la SNPE pour le missile M51.

Visiblement tout le spectre des moteurs aéronautique est couvert par des projets menés en partenariats. C’est bien d’un coté car SAFRAN est présent sur de nombreux marchés (turboréacteur, turbopropulseur, moteurs d’hélicoptères) et aussi bien en Europe, qu’aux USA, et en Russie. C’est certes une force pour SAFRAN, mais espérons que le groupe gardera son indépendance et sa capacité d’innovation propres !

03 décembre 2007

Russie: le titane pour devenir un titan...

Le gouvernement russe a récemment annoncé la création, dans l’Oural, d’une future « vallée de titane » pour l’aéronautique, qui aura pour vocation de « fabriquer des pièces coûteuses pour l’industrie aéronautique mondiale ».

Cette déclaration doit nous interpeller par sa portée stratégique puisqu’elle émane du vice-premier ministre russe Sergueï Ivanov, dont il permis de penser qu’il sera très probablement élu Président de la Fédération de Russie en mars prochain. Cette vallée sera portée sur les fonds baptismaux par le groupement russe de production VSMPO-Avisma, dont le principal actionnaire n’est autre que la centrale publique russe d’exportation d’armements Rosoboronexport, qui détient les deux tiers du capital. A ce jour, VSMPO-Avisma assume près du tiers de la production d’éponges de titane dans le monde et près de 80 % des produits russes à base de titane sont exportés.

Du reste, l’Etat russe et Boeing ont conclu un partenariat dans le domaine du titane, en créant une société commune de composants aéronautiques. Cette société est destinée à fournir des composants en titane pour la firme américaine, notamment pour le dernier né de chez Boeing, le 787 Dreamliner.

Le secteur aéronautique permet à la Russie de tirer partie de ses ressources naturelles et ainsi de développer une politique d’intelligence territoriale volontariste et ambitieuse au service de sa Puissance. Sergueï Ivanov a en effet fait valoir que « dans le passé, dans le meilleur des cas, nous y fabriquions des pièces semi-finies et uniquement pour l'URSS, maintenant, nous allons fabriquer des pièces pour le monde entier ». La Russie a donc bien la volonté de tourner une page de son histoire industrielle. On observera que le secteur aéronautique n’est pas mentionné par le décideur slave. Et pour cause ! Le titane offre en effet une kyrielle d’applications, certes dans le secteur aéronautique mais aussi et surtout dans des secteurs stratégiques.

* Dans le secteur aéronautique, le titane sert déjà à concevoir des pièces forgées, comme le train d'atterrissage du Boeing de la famille du 777, ou des élements de moteur. De plus, le titane est une matière qui se marie très bien avec les matériaux composites.

* Dans le secteur aérospatial, le titane trouve des applications grâce à sa résistance à la corrosion et ses propriétés cryogéniques (la cryogénie étant – entre autres – la production de très basse températures, inférieures à 120 Kelvin (-153,15° Celsius)). Il sert à la conception de certaines pièces du moteur du lanceur Ariane 5, de réservoir de gaz de propulsion pour les satellites et figure sur les stations spatiales.

* Dans les secteurs de l’armement et de l’énergie, les propriétés offertes par le titane, en termes de résistance à la corrosion et au feu, contribue à son emploi dans les blindages et dans les coques de sous-marins.

Par ailleurs, le terme de « vallée du titane » n’est pas sans rappeler celui de « Silicon Valley », région américaine célèbre pour ses industries de pointe et les hautes technologies. En outre, la Russie envisage en parallèle de fermer aux investissements étrangers le marché de la transformation, de la fabrication et de la vente de matériaux servant à la conception d’armements et de matériels militaires. Il est permis de considérer que la création de cette « vallée du titane » ne sera pas exclusivement dédiée à l’industrie aéronautique mais qu’elle fournira d’autres secteurs stratégiques russes. L’Etat russe a donc conscience de ses secteurs stratégiques et applique une politique volontariste pour les protéger et les accroître en développant un projet…titanesque, s’ouvrant ainsi un horizon…loin d’être artificiel !

02 décembre 2007

LATECOERE menacé par les fonds d'investissement

Les fournisseurs aéronautiques français susciteraient-ils l’appétit d’investisseurs étrangers? Il est permis de se poser la question : Latécoère, fournisseur aéronautique de premier plan, au chiffre d’affaires de 432,7 millions € (2006), spécialisé dans les aérostructures (pour Airbus, Dassault, Embraer) ( la société fournit Boeing pour son 787), les portes d’avions et les câblages embarqués (via LATelec) subit une montée en puissance dans son capital de deux fonds d’investissement : PRIGEST et Mondrian Investment Partners qui ont acquis respectivement 7,5% du capital (et donc 6,5% des droits de vote) et 6,69% du capital (et 3,22% des droits de vote).

Pourquoi investir dans LATECOERE ? Cette entreprise est en train de monter en puissance pour devenir un des principaux fournisseurs des constructeurs aéronautiques, en particulier depuis que la société souhaite reprendre les usines Airbus de Saint-Nazaire et de Méaulte spécialisées dans les pointes avant des avions. Ces rachats feraient passer le chiffre d'affaires de LATECOERE à 1 milliard € par an : la société a un fort potentiel et l’on comprend pourquoi elle aiguise les appétits.

Prigest est une société de gestion de portefeuilles agréée par l’AMF et a été créée en 1982 par Christian CAMBIER, son Président et principal actionnaire : à noter que le site de la société communique autour du fait que la majorité du capital de PRIGEST est détenu par son président et les salariés.

Siègent au conseil d’administration de cette société de gestion de portefeuille :

-Christian CAMBIE (Président),
-Marie FILIPPI (Vice-Présidente), -Aurélie CAMBIER (Citigroup),
-Pierre de CROISSET (Directeur Rothschild &Cie),
-Valérie SIMON (Professeur d’Economie à la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris),
-Immo STABREIT (Ancien Ambassadeur d’Allemagne en France),
-Amaury de CASTEJA (Consultant),
-Charles DELAMARE (Censeur, Inspecteur des Finances),
-Jean-Claude LABARRAQUE (Censeur, Président de COGEFI),
-Victor SASSON (Censeur, Président d’honneur COGIFRANCE, Groupe Edmond de Rothschild),
-Jacques-Etienne de T’SERCLAES (Censeur, consultant).

A noter qu’il y a une représentante de la banque américaine Citigroup et des membres des banques d’affaires et fonds d’investissements Rothschild & Cie et du Groupe Edmond de Rothschild.

Mondrian Investment Partners est une société de gestion de portefeuille tout comme Prigest, basée à Londres. La société communique fort peu sur son site internet, si ce n’est pour dire que les fonds gouvernementaux, "fondations" et "autres corporations" représentent plus de 80% de ses clients.

Tout ceci n’est pas rassurant pour LATECOERE : qui se cache derrière ces deux sociétés de placement et de gestion de fonds ? Car elles détiennent près de 14% du capital et quasiment 10% des droits de vote. Cela n’est pas rassurant surtout quand Mondrian IP affirme « que le meilleur moyen d’évaluer les actions consiste à mesurer la capacité des entreprises à verser des dividendes au fil des ans ». LATECOERE va-t-il être vampirisé par ces fonds ? Car si les fonds apportent des finances qui seront utiles dans un premier temps à LATECOERE, ces derniers sont en général très exigeants quant au retour sur investissement et usent à leur discrétion de leurs droits de vote, et rappelons que de nombreux fonds d’investissement sont à l’origine de restructurations.

Par ailleurs, en exigeant un taux élevé de dividendes, les fonds ont tendance à épuiser les capacités d’investissements des sociétés ainsi « colonisées », ce qui n’est pas de bon augure pour l’avenir.

PRIGEST a-t-il un sentiment de patriotisme économique ? En tout cas pour ce qui est de MONDRIAN IP ce n’est pas la peine d’espérer. Espérons simplement que la direction de LATECOERE et les syndicats seront attentifs et réactifs car les choses de l'air ne se font pas sur l'erre...

Sources:
www.aerocontact..com
www.latecoere.fr
www.mondrian.com
www.prigest.fr
www.russell.com

01 décembre 2007

MBDA théatre de rivalités Franco-Italienne ?

L'Europe de la défense a surtout consisté jusqu'à présent à créer des champions industriels européens qui seraient d'ailleurs heureux de bénéficier d'une "péférence européenne". Mais parfois l'on assiste à des scénarios qui interpellent le bon sens: c'est le cas pour MBDA, premier missilier européen, qui fabrique 2 missiles anti-navires aux spécifications....très proches, pour deux marines européennes! Invraisemblable?

C'est pourtant ce qui se passe avec les programmes de missile anti-navire développé pour la marine française EXOCET MM40 BLOCK 3 et le missile répondant au même besoin TESEO MK2 OTOMAT développé, lui, pour la marine italienne et dont le dernier tir de qualification a eut lieu le 19 novembre dernier à Salto di Quirra (Sardaigne)!
Dans sa version MM40 Block3 l'exocet affiche une portée de 180 km et le TESEO OTOMAT mk2 Block 4 une portée pouvant dépasser 150 km; par ailleurs les deux missiles font appel à un couplage GPS-centrale interielle pour le guidage et sont capables de manoeuvres complexes et d'être utilisées en zones cotières, avec possiblité de détruire des installations terrestres dans de telles zones. Enfin les 2 missiles ont une vitesse subsoniques de Mach 0,9.
L'on peut légitimement se demander pourquoi développer deux missiles répondant aux mêmes besoin pour deux marines européennes, car cela induit des coûts et a pour conséquence de proposer à l'export deux systèmes d'armes concurrents. Mais concurrents pour qui? Pour les missiles US ou russes? En fait il s'agit bien là s'une concurrence entre européens!

Les missiles Exocet et OTOMAT sont issus d'une famille ancienne de missiles anti-navire, et la France utilisa l'Otomat avant de bénéficier de l'Exocet qui fut par la suite un beau succès commercial.

Mais l'on assiste là clairement à une concurrence intra-européenne, entre d'une part des intérêts Italiens (Finmeccanica détient 25% de MBDA) et d'autre part les intérêts Français présents eux aussi dans MBDA via EADS. en effet le site de production de l'Exocet se situe en France en région Centre, alors que l'Otomat italien sera surtout construit en Italie dans les usines de Finmeccanica. Il est regrettable de voir un concurrent à l'Exocet persister.
Cela illustre deux vérités à ne pas oublier: d'une part les intérêts nationaux ne se sont pas effacés dans "l'europe de la défense", et d'autre part des pays membres partenaires de groupes européens de la défense profitent de leurs situations pour reconstruire une industrie nationale de l'armement. L'Italie comme l'Espagne (avec Navantia dans l'industrie navale) illustrent parfaitement cette situation. Mais se faisant ces pays tuent la construction européenne. Espérons que la France défendra bec et ongle ses intérêts propres face à tant d'égoïsme.

sources :
www.meretmarine.com
www.mbda-systems.com
http://www.astronautix.com/lvs/otomat.htm
http://www.aeromorning.com